Australie

Notre Road Trip de 12 000 km

Le départ

le 20 mars 2015

L’aéroport de Francfort est un dédale à nos yeux : impossible de s’y retrouver. On se dit qu’on a laissé l’enfance derrière nous et notre sac à dos est chargé par ce nouveau départ, gonflé par notre enthousiasme, il déborde de notre audace ! La porte du « Tout Est Possible » est celle d’un aéroport. On se perd un peu comme quand on a trop rêvé d’un instant, on l’attend, on l’idéalise, on le prévoit, et rien, rien n’est jamais comme prévu, heureusement. Un billet aller en main, pas de billet retour.

C’était la première fois que je montais à bord d’un avion. Quelle sensation de liberté ! Je sais à l’instant que je ne pourrais plus m’en passer. On part avec un Working Holiday visa de 6 mois qu’on espère réussir à prolonger en trouvant du travail sur place. On a pris contact avec une famille australienne avant notre départ, pour faire du Woofing. On se dit que travailler bénévolement dans leur ranch sera notre point de départ pour s’acclimater, et fort de cet échange nous pourrons trouver un travail de façon plus confiante et averti.

Première escale à Dubaï, un carrefour impressionnant. On ne s’y perd pas, la communication est universelle. Alors on s’arrête manger une glace, sentir cette odeur de sable et de chaleur en pleine nuit, l’aéroport est comme une ville grouillante de vie à une heure tardive. Et quelle heure est-il d’ailleurs ?  On ne sait pas, le décalage commence à se faire sentir

Western Australia

L’arrivée

On sent qu’il s’agit d’une île isolée lorsque qu’on doit remplir une multitude de questionnaires sur Ebola. Les contrôles de douane sont longs peut être que la fatigue n’arrange pas ma perception du temps.

Une odeur particulière, la nuit, tout est grand, tout est inconnu. L’atterrissage à Perth après 22 heures de vol est comme un réveil après une anesthésie. On est accueilli par les Kakatoès qui piaillent, on se sent engourdi et on s’imagine dans une jungle. Nous sommes perdues, tiraillé entre la fatigue et l’excitation. Une navette nous conduit en centre-ville. J’observe les routes, le sens des voitures, comment prendre un rond-point avec le volant à droite. Nous voilà dans les rues, on traverse au son d’une petite musique émis par un feu qui nous indique quand traverser le passage-piéton. De nuit, on arrive au Globe Backpacker hostel, on y passe une nuit agitée. Une grille en guise de fenêtre, il fait très chaud.

Perth

Perth est une ville belle et grande qui réussi à combiner les plaisirs d’une ville côtière avec un centre-ville propre où l’on peut sortir en sécurité à toute heure. La température est parfaite et il y a de la musique dans les rues à toute heure. On croise une jeune femme voyageuse qui dort dans la rue avec son sac à dos surement pour s’économiser l’auberge de jeunesse. Le business center est plein de beau gratte-ciel encerclés par une végétation dense et tropicale.

Perth City Business District

Le lendemain on fait le tour de la ville. On essaye de joindre la plage à pied. Avec nos sacs à dos, on essaye de faire du stop mais les rangers (police) nous demandent de le faire à l’extérieur de la ville. L’extérieur de la ville est inatteignable. On rentre bredouille au Globe et la nécessité d’un voiture commence à se faire sentir. Les villes australiennes sont à une autre échelle, tout est beaucoup, beaucoup plus grand.

C’est notre premier voyage, et on à tout à apprendre, tout à découvrir par nous même.

Une femme nous voyant errer dans le doute le long de la route avec nos sacs sur le dos et la chaleur de la journée, nous a offert des bouteilles d’eau sur le chemin. On fait une pause près d’une poubelle et on ouvre nos sac à dos et on jette tout ce qui n’est pas vital. Plus on jette le superflu, plus on se sent léger et libre mentalement. C’est la première étape de notre voyage, savoir se séparer de ce qu’on a pour ne garder que l’essentiel.

En rentrant le soir, nous prenons la décision de prendre un bus en direction de Geraldton. Première sortie dans ce que l’on appel l‘Outback Australien et c’est l’émerveillement : le désert nous attends.

Geraldton

Une petite ville en bord de mer, douce et printanière. Les rues nous plongent dans les années 50. On s’installe au Foreshore Backpackers hostel.

Et on ouvre un compte à la Commonwealth Bank. Il est agréable et un tel accueil dans une banque nous surprend, une femme souriante nous attend devant l’entrée, on nous indique un canapé et on nous sert un café.

Dans l’hôtel on rencontre une hollandaise qui travaille à la réception, c’était la deuxième année qu’elle était en Australie avec son visa Working Holiday, elle espérait obtenir son visa de résident permanent. A table, on a discuté avec un anglais parsemé de taches de rousseur et de tatouages venant de Liverpool. Son accent était incompréhensible et notre anglais tout frais du système scolaire. A essayer de se comprendre, on a beaucoup rit. Lui, il avait trouvé un travail dans le port. L’ambiance balnéaire apaisante situé à des kilomètres de tout est unique.

On expérimente enfin l’autostop. Une femme avec une voiture de location s’est arrêtée, prise de pitié par nos pouces en l’air en plein soleil au milieu d’une route désertique (situation deviendra presque une habitude). Elle est agréable, elle nous dit de faire très attention car c’est dangereux de faire du stop sans suffisamment d’eau dans un état aussi désertique et aride que le Western Australia. Elle ne savait pas comment ouvrir son coffre pour mettre nos sacs. Elle nous a déposés dans une station-service, le meilleur endroit pour faire du stop.

Mur d’une station service

L’étrange étranger : Un homme dont on n’a même pas demandé le prénom, nous a beaucoup aidé. Nous cherchons à rejoindre Carnarvon. L’unique route est si peu fréquentée. Il semble étranger à son propre pays en quelque sorte. Il vit dans sa voiture et cherche un travail. Il nous a fait grimper à l’arrière de sa voiture sur son matelas. Il est loin de sa famille et trouve cela mieux ainsi. 30 ans, une queue de cheval brune et quelques cheveux blancs Dans une de ses vies, il a été caméraman pour film érotique. Il a visité Cannes. L’atmosphère est étrange, on communique sans s’exprimer réellement. On a fait 50km ensemble. Jusqu’à Northampton où il nous déposés.

Northampton

Autostop à Northampton

L’après-midi, on a une petite baisse de moral, il pleut et personne dans cette petite ville ne passe en voiture pour nous prendre en stop et continuer notre chemin. On s’abrite et on hésite à réserver un bus ou continuer l’autostop le lendemain. Soudain un 4×4 s’arrête et deux jeunes allemands viennent nous rejoindre sous l’abri, ils sortent leur réchaud et leur noodles et se font à manger. On discute, il se sont rencontré via les réseaux sociaux pour partager les frais d’essence, ils font le tour du pays également et nous montrent comment ils ont aménagé leur voiture pour y dormir et économiser les dépenses de dortoir. Ils repartent.

Le soir dans l’hôtel de Northampton on rencontre deux personnes dont cette fois je connais les prénoms. Benjamin, un jeune texan qui finit son tour de l’Australie avec un petit sac 20kg et Kurt, un allemand dont personne ne peut lui donner d’âge (60-90 ans). Il a pris en stop l’américain. Il nous offre à l’instant un aller simple pour Carnarvon. On passe la soirée à discuter dans la cuisine, je parle avec Dan qui veut visiter la ville de Paris mais qui redoute beaucoup ce voyage dut à ce qu’il à entendu sur l’ insécurité de la capitale française. On fait part de nos impressions sur les distances en Europe et sur ce pays gigantesque. Kurt est très cultivé, il nous apprend toutes sortes d’histoires sur l’Australie. Ben nous donne quelques-uns de ses anecdotes de voyages. Il est arrivée de Darwin et il a fait Brisbane-Sydney (930 km) en vélo tout en dormant dans la nature, c’est ainsi qu’il s’est fait piqué sur la lèvre par une araignée White Tailed, extrêmement dangereuse. Il a été hospitalisé en urgence. Aux Etats-Unis il travaillait dans des champs de maïs et tous les soirs, comme ce soir, il mange un bol de corn flakes. Kurt nous donne l’heure du départ le lendemain matin pour notre destination et nous voilà au lit.

Le paysage entre Northampton et Carnarvon

Carnarvon

Tout le long du trajet, Kurt nous fait écouter tous les albums d’Edith Piaf qu’il a, parce qu’on est français. Un trajet de 500km avec la Môme, même quand on aime, c’est long. Kurt, devient notre mentor allemand. Il a vu tous les pays qu’on peut rêver de voir dans sa vie. Il se démène pour nous trouver dans Carnarvon un lieu où dormir. Il joue de ses relations, car tout est étrangement fermé ou complet. Il vit dans cette ville déserte depuis quelques années. Nous apprenons qu’elle a été touchée par un cyclone le mois dernier. La côte a une couleur vraiment particulière depuis.

Il nous offre des cours d’anglais et de longues discussions sur le monde autour de crackers et de purée de betteraves et essaye subtilement de nous convertir dans son église anglicane de Carnarvon.

L’achat de la voiture est devenu une priorité. On a trouvé une Toyota Landcruiser, qu’on a acheté à Luke, un australien qui travaille dans les mines. Il a un accent très fort auquel on n’est pas encore habitué. Kurt nous accompagne pour conclure l’affaire et nous aide même à faire baisser le prix.

Dans l’auberge, on fait la connaissance de deux voyageurs, Jérémie et Alexia, un couple de français qui vienne de l’Essonnes (91). Il sont abattu car le moteur de leur 4×4 est mort, ils nous ont offert de récupérer tout leur équipement. On passe quelques soirées autour d’une bière sur la terrasse, à discuter de la France, de l’Australie, de leur expérience dans une ferme. Ils ont aussi un visa Working Holiday. On s’entend bien, on a beaucoup de point en commun. On se sent isolé du reste du monde et on trouve Carnarvon un peu déprimant. Jérémie est un breton passionné par la pêche et Alexia a quitté la fac d’art pour partir en biologie. Ils ont tous les deux travaillé dans une exploitation de pomme de terre au sud de Perth près d’Albany.

L’eau est toujours trouble et les mouches sont un cauchemars après le cyclone.

Mais surtout, à Carnarvon, on fait la connaissance des SandFlies, des petites mouches du bush qui piquent. Elles sont tellement nombreuses et agressives que l’office du tourisme vend des filets à se glisser autour de la tête et à bien refermer autour du cou ! Sans se filet, des centaines de mouches rôdent autour de vous et s’insinuent dans vos oreilles, se posent sur vos yeux : une horreur. On développe le reflexe du Bushman aguerrît : un petit geste chasse mouche de la main près du visage à une fréquence d’une fois toutes les cinq secondes.

Shark Bay & François Péron National Park

Départ vers Shark Bay avec la nouvelle voiture, volant à droite. En attendant la date prévu à laquelle on doit se rendre dans le ranch pour du Woofing, on part explorer un peu plus au sud.

Premier arrêt, sur une plage de stromatolithes : elle n’est pas faite de sable mais elle est constitué de petits coquillages blancs nacrés. On voit de l’eau turquoise et un petit ponton sur l’eau. C’est magnifique.

Deuxième arrêt, un petit lagon sublime bleu azur on assiste à la descente progressive du soleil.

On arrive à Monkey Mia : Le soir dans un camping paradisiaque, la lumière est surnaturelle et brille sur la terrasse des cafés. La baignade est interdite à cause des requins. Le lendemain matin, on a vu les dauphins le long de la côte, nourrit par les gens du camping. C’est la première fois que j’approche de si près un dauphin. On les a attendus les pieds dans l’eau sur le bord de la plage et on les avons regardé partir.

Puis on est parti à Denham s’acheter des tubas et des masques pour faire du snorkeling sur la plage. C’est très beau, et pour une fois on peut se baigner en sécurité !

L’après-midi, on part vers le parc national de François Péron. On dégonfle les pneus pour rouler dans le sable. On a rencontré des serpents, des kangourous, une plage déserte où on a dormi. Le lendemain on a pris le petit déjeuné face à l’océan indien en regardant le jour se lever.
On s’est enlisé deux fois, sans comprendre pourquoi. Deux australiens nous ont aidés à nous désenliser avec leur équipement.
On a continué à explorer le parc, sur notre chemin de retour beaucoup de crabes, de pécheurs, une nature sauvage, des émeus, des oiseaux multicolores.

Grâce à la famille d’australiens qui nous a aidé, on sait maintenant que sur notre modèle de 4×4, rouler en utilisant le leviers de vitesse 4 roues motrices ne suffit pas, il faut également déverrouiller un loquet située sur les pneus.

Plus j’avance dans le parc, plus je commence à regretter de ne pas avoir un bon appareil photo, je me découvre une nouvelle passion.

Lyndon Station

On rencontre le contact du woofing à Carnarvon, avec toute sa famille. Ils nous fait un plan pour rejoindre leur ranch. Benjamin, le texan nous a dit « woofing is slavery ». Il ne peut pas concevoir notre choix de travailler sans rémunération, et nous mets en garde sur de potentiel personne qui abuserait de la situation. Pour nous, le woofing c’est l’occasion d’avoir un échange avec des australiens de l’Outback, et un début pour prendre le temps de chercher un travail. On fait un trajet sur des chemins chaotiques digne du Western Australia avec des vaches impressionnantes, des kangourous bodybuildés qui nous regarde essayer de conduire prudemment lorsqu’on traverse désert et petites rivières. Le secret c’est qu’il ne faut conduire trop prudemment, c’est le meilleur moyen de s’enliser apparemment.

Petite présentation de la famille : Cath, la mère est une femme fine avec de grand cheveux brun et des yeux bleues perçant, elle est toujours préoccupée sans qu’on sache jamais vraiment pourquoi. Sean, le père est un homme massif avec une peau rose, c’est lui qui s’occupe du ranch et des vaches, il est souvent au téléphone. Patty, et son petit chien teigneux, c’est la prof à domicile qui habite avec la famille et qui donne des cours tous les jours à leurs enfants. Les enfants sont Molly la plus âgé, un peu pimbêche, puis Griffin un adorable garçon à l’allure de moustique, il a une longue cicatrice le long du bras car ses parents ont installé un trampoline près d’une baie vitrée qu’il a traversé. Leslie a été adoptée à une famille aborigène. Puis la petite Saphie de 5 ans, sans oublié Bonzi le bébé ( qui est de la même famille que Leslie) 4 mois. Et enfin, Ash, l’employer solitaire qui a une formidable collection de dvd pour tuer le temps.

Tout est dégoutant dans l’espace qu’il réserve aux travailleurs volontaires, des fourmis dans les aliments du placard de la cuisine, des cafards énormes et des grenouilles dans la douche, sans parler des araignées inimaginables dans les chambres. Nous avons un frigo auquel nous ne pouvons pas avoir accès et où ils déposent sur une petite grille leurs restes de la veille qu’on récupère par une petite porte. On vie à la dure, on s’y attendait mais ce qui nous pose problème c’est le peu d’intérêt qu’ils nous consacrent. Ils nous parlent très peu et on se sent isolé. C’est une déception pour nous.

Voici donc quelques faits notables durant les jours passés à Lyndon Station :

Le premier jour de travail, leur employé, Ash se coupe littéralement le doigt sous un bulldozer : des cris et du sang partout. La famille envoie Patty le conduire à l’hôpital (9 heures de route) et prend une photo de son os qui dépasse du doigt avec la phalange en moins dans le creux de la main ensanglanté du gros gaillard. Une photo qui fait le tour de la table.

J’ai tué une veuve noire Redback Spider qui se promenait non loin de ma main avec la « Cathy Snakes Killer Shovel », ainsi nommée la pelle que Cath utilise pour tuer les serpents qui se baladent dans son jardin. En effet, il y avait même un nid de Redback sur la poignée de notre cuisine.

Une nuit, Patty nous demande si l’on veut voir un serpent. Dans le noir, on la suit dehors. Soudain, elle nous dit qu’elle l’a perdue et ne sait plus où il est. En plein obscurité, c’est impossible de voir ce qu’il y a près de mon pied. Elle nous dit que c’est dommage car c’est un beau python, angoissée je m’apprête à détaler quand elle le retrouve un peu plus loin, après avoir suspecté tous les bouts de bois autour de moi. Je me demande toujours si elle ne l’a pas fait exprès pour rire un peu.

On se sent ridicule en tant qu’européen inhabitué à cette faune lorsqu’on rencontre les australiens de l’Outback qui vivent constamment au milieu de tout ça.

On est piqué par quelque chose pendant la nuit, les boutons une fois grattés s’ouvrent et les plaies commencent à s’infecter.

On quitte le ranch. Sur la route, on croise Terra en plein désert, avec son chariot. C’est une hippie qu’on a rencontré à Carnarvon. Elle a fait la une du journal local. Son but est de faire le tour de l’Australie à pied en transportant un chariot jaune à fleurs où est inscrit son numéro magique. Elle donne sa carte à quiconque la croise : Appelez Terra quand la dépression et le suicide vous guette. C’est une psychologue itinérante avec une hotline prévention suicide et on la retrouve dans la poussière du bush avec les serpents, les kangourous et sa robes à fleurs.

Karratha

Une escale de quelques jours pour faire une mise au point. Dans cette ville industrielle, où la plupart des habitants se baladent en gilet de travail jaune fluo. On prend contact avec les agences d’intérim peu hospitalières avec les non-australiens malgré notre visa Working Holiday et on passe la White Card en ligne. Dans l’auberge on rencontre deux autres voyageurs, Ines et son compagnon dont je n’ai pas compris le prénom. C’est une allemande et un suisse, qui ont (eux aussi) leur 4×4 qui vient de lâcher. Ils nous font de la peine et on croise les doigts pour que notre 4×4 nous tienne jusqu’au bout. Ines n’arrête pas de parler de Karijini, elle nous recommande ce parc national et nous dit qu’elle ira en stop ou en bus, coûte que coûte, mais qu’elle ne rentrera pas sans avoir vu le plus beau parc du western australia.

Nos plaies sont de plus en plus moches. Chaque piqure est très douloureuse, une fièvre atroce s’accompagne d’illusions. On décide d’aller à l’hôpital. Impossible de savoir quel insecte en est la cause peut être les mouches de Carnarvon ou les araignées du ranch ? Au total : 300$ pour une consultation aux urgences, et c’est précisément là qu’on a le mal du pays.

Les Antibiotiques sont vitaux en Australie ainsi qu’une crème antihistaminique pour les infections cutanées car la démangeaison devient vite insupportable et augmente les risques d’infections. Avoir de la fièvre dans l’Outback est insoutenable.

Ne Négligez pas vos vaccins avant de partir

Port Hedland

Départ en quête de travail pour l’un des plus grands ports du monde. On découvre une zone industrielle, minière et portuaire immense. C’est la saison des cyclones, partout où je regarde, je vois une ville dans le calme d’avant la tempête, tout semble en suspens, sur le point de se déchaîner.

Pansements, antiseptiques et antibiotiques, peu à peu les plaids se referment pour laisser sur les jambes et les pieds d’énormes cicatrices.

La panique s’installe quand le 4×4 commence à faire un bruit étrange et soudain de la fumée blanche s’échappe du pot d’échappement. Tout en faisait des parties de Ping Pong au camping, on s’imagine déjà devoir rentrer sans pouvoir vendre la voiture, on se dit qu’on ne pourrait jamais trouver un travail sans 4×4 et qu’on ne pourra plus dormir dedans pour éviter les hotels si on voyage en auto-stop. On déprime, on ressent la même chose que les deux couples qu’on a croisé avant nous. On pense que c’est la fin du voyage. Le joint de culasse est sûrement mort et payer le garagiste serait bien trop cher. Le camping sauvage est interdit,  et même si comme nous, beaucoup le font, dormir dans sa voiture est interdit, il faut louer un emplacement.

Dans le camping, on va voir des australiens retraités, leur demander conseil. Ils vérifient la voiture et nous disent que ce n’est pas le joint de culasse ! Bonne nouvelle, on s’est fait arnaquer ! Ils nous expliquent que certaines stations essences du Western Australia, souvent les roadhouses du bush coupent leurs essences à l’eau, et ça donne de gros nuage de vapeur qui s’échappe bruyamment. Soulagé, on part faire un plein dans une station d’une marque qu’ils nous ont indiqué.

Karijini National Park

Départ pour Karijini ! Enfin, on va explorer le parc dont Inès nous a tant parlé ! Une araignée magnifique guette l’entrée.

Le premier matin on fait une randonnée magnifique à Dale’s gorge, on se baigne dans une eau turquoise près d’une cascade dans les gorges du parc, entourée par des roches rouges et une forêt.

Après avoir fait la rencontre d’un gros lézard, on s’est séché au soleil dans la gorge, pleine de papillon et de libellule. Le soir on à dormi dans la voiture garé près du campement.

Karijini National Park

Le lendemain matin, on a été prendre le petit déjeunée à Tom Price. On a continué la randonnée à Kalamina et le soir dans une douche ouverte en plein désert, on a capturé une Redback près de ma serviette, pour la voir de plus près avant de la relâcher beaucoup, beaucoup plus loin de nous.

Le soir on cuisine avec le réchaud, seuls au milieu du Great Sandy désert, témoin de son magnifique couché de soleil.

Le lendemain matin, on a fait une grande journée de quatre randonnées de difficultés classées « very experimented bush walker ». On est fier de continuer à escalader, et même à nager plus loin pour voir encore de belles falaises.

Epuisé, nous n’avions jamais été aussi heureux. Un soir, en prenant un verre à la retraite du parc, on rencontre une française qui fait ses études en Australie dans la restauration.

On quitte le parc le cœur léger et ressourcé. On part direction Broome, ville dont un couple de français nous avait parlé à Port Hedland. Il nous faut rouler plus de mille kilomètres.

Sur la route pour Broome

On va de mésaventures en mésaventures.

On fait une panne de batterie, quelqu’un vient recharger le véhicule et nous déconseille d’aller plus loin, mais on continue de nuit. Un taureau surgit sur la route dans le noir complet, la collision est évitée de peu. On voit un incendie dans le bush à 400 mètres d’une station-service, on prévient l’homme de la station que les flammes peuvent se propager et qu’il faut appeler les pompiers, il nous rétorque le sourire aux lèvres : « Yeah, fire? And so ? ». On comprend plus tard qu’un incendie dans le bush c’est tout ce qu’il y a de plus banals, ils sont même volontaires, on peut avoir un permis pour mettre le feu afin de prévenir un incendie. J’ignorais tout de l’abattis-brûlis, mais dans le désert en pleine nuit c’est impressionnant à voir.

On retombe en panne dans la nuit, en plein désert, personne, un road train (camion à 5 remorques) passe toutes les heures, mais personne pour nous dépanner. On décide de contempler les étoiles, le ciel le plus beau de ma vie. La voie lactée plus belle que jamais dans le désert. Dans l’hémisphère sud je ne reconnais plus les constellations, c’est déstabilisant, je me sens sur une autre planète.

On est dépanné par le sosie de Gandalf. Un vieil homme barbu que son regard est rassurant.
On s’aperçoit que l’aiguille du réservoir arrière est bloquée, ce n’est sûrement pas un problème de batterie mais d’essence.
On continue la route sur notre réservoir avant.

On tombe en panne à 100km de Broome, à midi. On bloqué dans le plus aride des no-man’s land. On se prépare à faire du stop et/ou à mourir d’une insolation probablement. Quand soudain Gandalf, qu’on pensait parti loin devant, s’arrête à nouveau devant nous et nous remorque avec une vieille cordelette toute fine sur 60km, jusqu’à la prochaine station essence. C’est une honte que je ne sache même pas son prénom, parce que cet homme nous a sauvé deux fois et ce en réapparaissant de façon tout à fait inattendu.

Ma carte bancaire est bloquée depuis Karijini, impossible de faire de l’essence. On doit dormir sur place jusqu’à ce qu’elle passe.

Voilà maintenant trois jours que nous sommes bloqués à la station-service, et les groupe de biker et d’aborigènes tous clairement sous l’influence de drogue dure se succèdent sur le parking. C’est difficile de voir les gens aller et venir avec des boissons fraîches et des sandwichs quand on doit boire de l’eau du puits de nos bidons qui date du ranch et se nourrir uniquement de noodles, sans pouvoir rien faire, hormis essayer encore et encore ma carte.

Note pour plus tard: avant de partir toujours s’organiser avec sa banque sur l’utilisation de sa carte à l’étranger.

Le lendemain on a fait du stop pour Broome, pour demander à la banque de nous donner des nouvelles, je n’avais pas de réseau à la station pour vérifier ce qu’il se passait. On a été pris en stop par un couple dont l’homme était français et sa femme philippine. Ils avaient voyagé un peu partout. Ils s’étaient rencontrés en safari en Afrique. Ils ont suscités en nous un nouveau désir de voyager en Namibie, au Botswana ou encore au Kenya. Cette femme rayonnante nous a encouragé à voyager en Asie du sud-est.

Arrivée à la banque on comprend qu’il va falloir attendre longtemps à la roadhouse avant de pouvoir faire le plein et de continuer la route. Les larmes et la fatigue remontent sur mon visage brusquement devant la banquière, gênée qui nous offre des bonbons. A midi, démoralisé et assoiffé, on fait du stop dans l’autre sens pour rentrer à la roadhouse.

Un 4×4 marron et poussiéreux s’arrête. Dedans un homme des cavernes entre 25-30 ans, une barbe brune d’ours, sa peau est brulé ou bien est-ce la poussière du bush ? Il a des lunettes orange excentrique ou bien est-ce des verres de sécurité ? Ses vêtements… euh non, ses lambeaux de tissus qui autrefois devaient faire partie d’une chemise, sont orange fluo comme un travailleur. On se demande par quel miracle les manches de sa chemise, comme passé dans un broyeur, réussissent à se joindre au col. On s’assois dans sa voiture, pas un mot. Il avait l’air d’avoir un emploi, mais nombreux sont les sans-abris plus soigné que lui. Tout le long du trajet, passe en boucle la même musique électro-transcendantale indéfinissable. Il y a un élément plus insolite que tout le reste dans cette voiture de Mad Max: un foulard de femme chic accroché au tableau de bord. Arrivé à la station on le remercie et lui offre une bière (qu’il accepte contrairement à tous les australiens à qui on en a proposé). On dit au revoir à cet homme mystère.

Je ne le savais pas mais l’alcoolisme est un problème de société très sensible en Australie. Pourquoi sont-ils si nombreux à décliner une bière quand on leur en propose ? C’est souvent, la volonté de montrer qu’il ne sont pas des buveurs excessifs ou dépendants.

Une après-midi, effondré à la station, on se cuisine des noodles. Une femme se gare près de notre 4×4. C’est une voiture de location avec le même motif qu’une autre que j’avais rencontré à Karijini, on aurait dit un modèle unique. Je lui demande si elle vient de Karijini, elle me dit que non et on entame la conversation. Elle connait quelques mots en français. Elle me dit que je devrais faire attention aux affaires qu’on laisse autour du 4×4 à la vue de tout le monde. Elle nous dit que ce n’est pas sûre de rester ici. Je lui explique notre situation et que ça fait des jours qu’on est bloqué ici. Elle s’appelle Sally, c’est une américaine, elle a travaillé en Suisse, et a fait tout le tour de l’Australie pour accompagner une femme aborigène en dialyse à rentrer à Broome.

Sally est touché par notre situation, elle me dit qu’elle va nous payer un plein et chercher de l’aide pour redémarrer la voiture. Quand un diesel tombe en panne il y a une procédure à faire avant dans le moteur. Elle ouvre son coffre et nous offre des tomates cerises : un bonheur après avoir mangé et bue si peu frais pendant des jours ! Elle rentre dans la station et revient avec un travailleur de la station essence, assez âgé. Il s’appelle Bill. Il est confus par ce que lui raconte Sally. Il redémarre notre voiture et nous dit de faire le plein des deux réservoirs (200$ au total) gratuitement. Il m’emmène dans la boutique et me dit : « choisi ce que tu veux manger ». La sensation était irréelle. Il nous dit que s’il avait remarqué plus tôt notre situation il ne nous aurait jamais laissé coincer si longtemps.

Assis dans la voiture avec deux plein d’essence et deux sandwichs en quittant la station, jamais on avait ressenti une telle délivrance. On est passé du désespoir à une telle joie en si peu de temps grâce à Sally et Bill. On a ressenti une gratitude infinie pour leur générosité. En nous quittant, Sally nous dit que c’est notre tour de faire une bonne action pour quelqu’un d’autre.

Broome

Enfin arrivé à Broome, direction Cable Beach.

On termine cette journée par le couché de soleil sur la plage en mangeant les sandwichs de Bill, heureux et soulagés.

On voit beaucoup de backpackers comme nous sur le parking de la plage le soir. Et parmi eux, l’homme mystère, Mad Max, qui nous avait pris en stop. Il était assis par terre sous un palmier devant son 4×4 délabré, sa radio toujours allumée sur la même musique ! On s’approche, il a l’air seul, sans ses lunettes, il a de très beaux yeux clairs. On lui demande d’abord s’il se souvient de nous car il n’a pas le regard très réceptif ! On lui dit qu’on a réussi à quitter la roadhouse. Soudain, avec son allure de naufragé, il nous lance : « I see you’re such gypsy guys » et continue en nous demandant si nous sommes allemand. Se faire comparer à des gitans par un énergumène pareil ça pousse à se remettre en question ! Il est russe et vient de St Petersbourg et s’appelle Vladimir « just like the President ». Il me dit qu’ici je peux même dormir dans un arbre si je veux. Son travail c’est de peindre bénévolement les murs des maisons construites pour les aborigènes par une association.

On s’aperçoit que près de la plage il y a des douches et des toilettes gratuites : Il était temps ! On remédie à notre allure de « gypsy » du mieux qu’on peut mais peut être qu’après tout Vlad a surtout cerné notre vraie nature. Pour ce qui est de l’apparence, il est certain que Sally et Bill nous ont pris en pitié à cause de notre mauvaise mine.

Le lendemain matin, on visite ce pour quoi Broome est connu, Dinosaure Footprint, des traces de pas dans la roche près de la mer. On se baigne dans l’océan, ce n’est pas interdit ce jour là. Le sable est blanc et l’eau est turquoise, on est heureux. On décide de rester à Broome. Le lendemain des méduse bleues très dangereuses envahisse la côte.

On repère l’endroit où tous les voyageurs campaient le soir pour ne pas se faire arrêter par un ranger. Un soir, on rencontre un homme avec un chien, un matelas et une moto. Il sort de la steppe avec du bois pour allumer un feu (prohibed). On s’approche, on passe la nuit autour du feu à faire connaissance avec lui. Cet australien électricien vient du Queensland et s’appelle Greg Malone. Il a 31 ans et travaille de ville en ville. A l’âge de 4 ans, il était passé sous une moissonneuse batteuse !! Toutes ses vertèbres et ses côtes ont été remplacées par des structures métalliques. Il est bionique, il rigole qu’on le compare à Ironman. Il a le droit de fumer de l’herbe et d’autres plantes médicinale pour se soulager. Il avait été morphinomane et boxer amateur. Cela faisait 7 ans qu’il est avec sa chienne Mary. Il nous a beaucoup parlé des particularités de l’Australie. Il nous explique les traditions aborigènes, il nous montre que nous sommes cerné de leurs pratiques rituels : Une cuisse de kangourou pendu a un arbre scarifié avec à son pied deux cadavres de goanna dépecés, à côté de notre voiture. Ils se cachent souvent dans le bush en camouflant leurs traces de pas pieds nue en imitant les empreintes d’émeus, et observe les touristes la nuit. Il part un moment nous chercher des boissons. Puis on finit par se quitter. Il s’allonge sur son matelas et se serre contre son chien, la nuit dans le bush est très froide et surtout pleine d’insectes.

Durant cette nuit auprès du feu, j’ai été sévèrement piqué par quelque chose, oui, encore, et la démangeaison me brûle la peau comme de l’acide. J’ai des centaines de bouton tout le long des jambes et sous les pieds. Le lendemain, on part direction la pharmacie. Au centre commercial on rencontre Summer. C’est une vendeuse de glace adorable, qui vient de Taïwan. Elle était en couple avec un français qui travaille à Broome pour financer son tour de l’Australie. Elle nous offre des beignets. Et nous souhaite bonne chance.

Quand la banque nous débloque, on décide de partir vers Darwin où nous pourrons récupérer notre numéro de travailleur, Le Tax File Number, sans lequel il est illégal de travailler en Australie.

Purnululu National Park

Sur la route pour quitter le Western Australia (Savannah way), on décide de passer par le parc national des montagnes du Bungle Bungle. On découvre des montagnes rondes comme polies, des palmiers géants, une ambiance très différente de Karijini.

On admire de très grands rochers étroits qui s’imbriquent les uns dans les autres, très haut, ne laissant passer que d’infimes faisceaux de lumière. Le désert dans lequel nous sommes est fascinant.

Northern Territory

Darwin

Après avoir enfin quitté le Western Australia on entre dans le Northern Territory. On conduit des kilomètres dans la magnifique région du Kimberley, vallonnée de baobab mystique. On arrive à Darwin, on y dort une nuit et on y récupère enfin notre tax file number !

à suivre…